Ma semaine avait affreusement mal commencé. Un désastre. Déjà, parce que venait de paraître un livre-torchon qui n’avait pour autre but que celui de salir Mystère Donald Trump, vilain petit canard pris en grippe par l’intelligentsia occidentale. Orientale aussi. Et australe, je crois.

Je ne comprends pas pourquoi les gens s’acharnent contre Donald. Moi, je n’ai rien contre lui. J’ai toujours eu beaucoup d’affection pour les animaux, et ce quelle que soit leur espèce. En ce qui concerne M. Trump, outre son prénom de basse-cour et son rigolo patronyme rappelant l’attribut caractéristique de tout pachyderme qui se respecte, ainsi que celui d’un bon ami à moi, mais ça me regarde, j’ai toujours été attendri par la frimousse d’orang-outang de cet hurluberlu tweetophile. Puisqu’il a été décidé qu’on exterminerait cette espèce de primates afin de pouvoir bâfrer du Nutella à 1,41€ le pot, je trouve que nos amis étatsuniens envoient un beau message de réconciliation avec la nature en acceptant de louer leur Blanche Maison à ce simili-macaque orangé.

Et je dois dire que je reste sans voix devant le courage de ce peuple, trop souvent vilipendé, à plébisciter un individu dont la déficience mentale ne fait désormais aucun doute. Chez Donald, en hauteur de vue, y’a rien qui dépasse. Et alors que l’intégration professionnelle reste en France un outrageant chemin de croix pour les zhandicapés, la Patrie des Braves n’hésite pas à propulser son plus fieffé mongolien à la tête de l’État. Une belle leçon.

Pour ne rien arranger à mon malheur, est venu s’ajouter à ces déconvenues animalières un incident tout à fait sordide. A vous glacer les os. Ça s’est passé mardi. Remettons les choses dans leur contexte.

Il existe au sud de Paris une calme banlieue trotskiste qui a décidé de bien porter son nom en s’intitulant « Montrouge », et les hasards de la vie qui m’emportent deçà delà pareil à la feuille morte ont fait que je dois m’y traîner quotidiennement pour accomplir mon sacerdoce d’homo laboris exemplaire. 9h-17h, 1h de pause déj. Tout simplement. Modestement.

N’empêche que qui dit 1h de pause déj dit déj, et pour la bectance, plusieurs options s’offrent aux travailleurs de ce bourg sans histoires :

Option 1 : Ramener une boîte à tartines préparée avec amour par sa femme. Étant moi-même solidement enraciné dans le célibat, principalement parce que je ne supporte pas de vivre avec une femme qui ne me prépare pas ma boîte à tartines la veille au soir, et que je me vois donc obligé de limoger les petites vermines qui me laisseraient volontiers crever de faim si je n’me laissais pas faire.

Option 2 : Se mettre en quête, sur place, d’un commerçant en mesure de fournir ce service alimentaire. Et comme par hasard, figurez-vous qu’il existe à Montrouge une boulangerie dont l’infamie n’a pas son pareil dans toute la petite couronne, et le fin gastronome que je suis ne peut s’empêcher de s’insurger contre les attentats au bon goût perpétrés froidement et même quotidiennement dans cette monstrueuse échoppe, qui présente malgré tout le mérite d’être à la portée de toutes les bourses.

Ceci n’est pas une miche

La fraîcheur, j’crois bien qu’elle lui pose régulièrement des lapins à cette boulangère, dont les productions s’étalent sous les vitrines en sandwiches infectes, en farandoles de tartelettes plastiques, en terribles bouchées chocolatées, aux amandes, à la vanille, en viennoiseries décongelées. Des années qu’elle les refourgue ses atrocités, alors cette semaine, je me suis dit que j’devrais p’t’être ben essayer de parler à la sauvageonne qui perpétue ces attentats gastronomiques, afin de tenter de raisonner la bête. Le cas contraire, peut-être serais-je dans l’obligation de la  saigner séance tenante.

Je brise la glace avec une référence boulangère qui ne saurait la laisser indifférente :

« Bonjour, incorrigible pétrisseuse, j’lui dis en entrant. Permettez-moi, mon amie, de vous indiquer que vous avez mal placé la fente de ces miches : au milieu la césure, – entre les hémistiches… »

Elle me répond en m’insultant, m’assène qu’elle a rien compris, que je me fous de sa gueule, qu’elle va m’péter la mienne si j’arrête pas mes conneries. Je tente de calmer le dragon réveillé :

Étouffe en toi le dieu qui chante, vieille peau. L’heure du luth viendra, c’est l’heure du fourneau.

C’en était trop ! Elle me balance ses productions à la figure. Les croissants secs qui volent, les pains dans la gueule, de véritables explosions de miettes. C’est Verdun dans son bouclard, ça pète de partout, elle charge, je me replie.

« God Save the Queen ! » qu’elle me crie dans un dernier lancé de chocolatine.

J’ai alors compris que cette extrémiste s’était radicalisée. On dit dans le quartier qu’elle est passée par les camps d’entraînement anglais où elle a tout appris du terrorisme alimentaire, et est rentrée en France pour perpétrer ces crimes infâmes pendant que notre gouvernement, endormi, refuse de déclarer l’état d’urgence gastronomique face à la montée en force de la malbouffe radicale.
Dernier attentat en date : la bougresse a affublé ses galettes des rois de couronnes à l’effigie d’Harry Potter.

Le monde est en train de devenir cinglé

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