Ma semaine avait affreusement mal commencé.

Déjà parce qu’on avait pris un malin plaisir à bastonner du catalan toute la sainte semaine, pour un oui plus que pour un non, et ça me foutait en rogne. Non content que les sordides évènements estivaux aient permis à M. Rajoy de se rapprocher de la coupe de cheveux la plus sulfureuse de Catalogne – M. Puigdemont – le gouvernement central a décidé de pousser le rapprochement jusqu’à faire tâter de son dur bâton aux plus récalcitrants des catalans . Et comme le catalan est moins carotte que bâton, ce sont d’incommensurables foules qui se sont précipitées aux urnes dans l’espoir de recevoir une correction en règle par un flic qui crie « vive le roi ! » Un pesctacle démocratique d’assez bonne facture, et il faut le dire, interprété sans fausse note.

Ensuite, parce que l’automne semble être définitivement là, et que les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon cœur d’une langueur monotone. Mais ça ne regarde que moi.

Tout cela m’attristait au plus haut point. Le mardi au bureau, alors même que je subissais la frondre et les flèches d’une gueule de bois outrageante, je décidai de ne pas me laisser abattre, mais de combattre ce coup de blues en claquant des doigts sur Foule Sentimentale. C’est ma cure favorite.

Avec soif d’idéal… Marmonnais-je en claquant des doigts. Clac clac

Ma hiérarchie me sort de ma rêverie : « Fête vos valises Stab, vous partez à Manchester », m’assène-t-elle en me postillonnant ses fautes de français au visage.

Il faut voir comme on nous parle… Clac clac.

« Mais qu’est-ce que vous voulez-t-y qu’j’aille y foutre à Manchester, chef ? Vous croyez-tu-vous pas qu’j’ai d’autres chats à fouetter par ici ? Répondis-je pour me mettre à son niveau.

– Pas de chichis, Stab ! Vous partez ce soir », me coupe-t-il. Il voulait que j’aille m’assurer, séance tenante, que les anglais criaient toujours « God save the Queen » tout en éructant leur haine de la France entre deux gorgées de rousse. A la suite de quoi il m’administra un vigoureux coup de matraque sur le crâne, et sorti de la pièce en exécutant quelques pas de flamenco. Je ne sus comment l’interpréter.

Je rechignai un bon moment à m’exécuter. Je n’ai rien contre les anglais. D’ailleurs, j’aime beaucoup N’Golo Kanté. Mais c’est ben vrai que c’est pas faux qu’chui pas trop fana d’la bouffe saxonne moi. Anglo non plus d’ailleurs. Disons qu’au Panthéon de la gastronomie mondiale, la Britannique est une divinité que je ne vénère pas. L’inverse est moins faux.
Pour aller droit au but, les baked beans sont généralement la source pour moi d’innommable complications gastro-intestinales, frôlant parfois le besoin d’une hospitalisation en urgence. C’est donc la boule au ventre que j’aborde tous mes séjours chez la perfide Albion.

L’heure tournais, je devais filer à l’aéroport. Dans la rue, j’hurle : « Hep, taxi ! » J’ai toujours rêvé de faire ça, dans le rush, comme dans les chefs d’œuvres avec Samy Naceri.

Je tombe sur un chauffeur, un baptou fragile mais qui aimait quand même le jazz. TSF pleine bourre.

« Vous préférez passer par où ? » qu’il me demande, le baptou, à peine avais-je terminé d’articuler la dernière syllabe de l’aéroport qui me servait de destination. Il voulait faire une battle d’itinéraire. C’est leur jeu favori aux chauffeurs de taxi, juste après les battles de prévisions météo et celles de pronostics sportifs. Aujourd’hui j’étais tombé sur l’itinéraire, et j’allais devoir me démerder. Puis il enchaîne :

« Moi je préfère passer par la rue Broutelamoi, et en arrivant au Monop’ je prends à droite sur l’avenue Turlute IV, tout droit, et en arrivant au rond-point j’en fais quatre tours, juste pour le plaisir de rappeler à Hidalgo que je l’emmerde bien comme il faut. Ensuite je klaxonne un bon coup, tourne à gauche, et meugle sur cette salope de mère qui traverse avec sa poussette alors que son feu va passer au rouge. Ensuite je monte sur le trottoir, puis sur l’A1 et direct à l’aéroport. Ça lui va comme ça ? »

Dans cette situation, cas d’école s’il en est, ou bien tu t’écrases et le laisse te dominer tout le saint trajet, ou bien tu joues la battle. J’étais pas vraiment d’humeur joueuse à cause de ces salauds de rosbeefs dont j’appréhendais déjà la bidoche trop cuite et ces saletés de haric’au ketchup. Avec l’aide de Dieu, je décidai quand même de contrattaquer sec :

« Pour moi c’est parfait jusqu’à Turlutte IV, mais là je préfèrerais que vous continuassiez tout droit jusqu’au boulevard Robert Bescherelle. Quand on arrive au métro Jack Goodsergent vous pourrez vous mettre en warning au milieu de la chaussée pour me dire qu’il y a trop de noirs en équipe de France mais que vous vous en foutez parce que vous, vous êtes pas raciste. Puis vous continuez tout droit, vous vociférez « allez passe, enculé ! » quand le VTC essaiera de se rabattre. Périph extérieur, puis A3. Et vous conclurez par un « va chier, tête d’endive » quand je vous demanderai une facture. Ça vous va ?

– Bien sûr que ça me va, c’est vous l’patron que j’sache.

– Formidable ! Pourrai-je payer par carte, mon ami ? »

J’y suis allé en VTC.

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