On peut dire que je reviens de loin. Un peu plus et j’y passais, c’est sûr. C’en eût été fini du Docteur Stab ! Bon, peut-être pas, mais c’était quand même sacrément chaud pour ma gueule.

J’ai été malade comme un chien malade. Toute la sainte semaine, c’était pas triste. Un petit rhume de rien du tout qui a dégénéré, genre 38.7°C de fièvre, courbaturé comme une chèvre, tu vois l’tableau ? A peine pouvais-je transférer mon corps endolori jusqu’au canapé, d’où je me laissais inonder par le flot incessant d’immondices télévisuelles, lesquelles ne se fatiguaient pas de me rappeler que le monde allait encore plus mal que moi. Il me volait la vedette, ce cochon de monde. Au début on était juste sur un nez qui coulait en bonne et due forme, tranquille-cool. A base de mouchage toute les 20 minutes en alternant Kleenex odeur menthol et papier toilette saveur fraise des bois, pour économiser les paquets de mouchoirs rationnés par ma zouz.

La semaine se déroulait tout à fait normalement puisque j’avais passé 3 jours à jouer à   « chat » dans l’open space avec William, mon collègue écossais. Il essayait de m’attraper pour me montrer ce qu’il cachait sous son kilt et j’étais parvenu à lui échapper jusque-là. La journée touchait à sa fin, et comme je commençais à fatiguer, je me décidai à plier les gaules pour rentrer au bercail.

 « Quel temps fait-il dehors, ma chère Germaine ? m’enquis-je auprès de celle qui passe le plus clair de son temps à regarder par la fenêtre pour guetter les soucoupes volantes.

Le temps est bon, le ciel est bleu

– Merci Germaine !

J’ai deux amis qui sont aussi mes amoureux.

– C’est cela Germaine, j’y penserai, ai-je répondu comprenant sans peine qu’une telle pique lancée par cette partouzeuse chronique ne pouvait qu’être synonyme d’invitation à faire des cochonneries avec elle et ses acolytes monogamophobes. »

Bref, je sors du taff, et là, ne t’imagines-tu pas qu’est-ce qu’y m’a tombé sur la tronche ! J’en perdu mon latin et j’y a toujours pas retrouvais depuis. Une averse grosse comme ça ! A base de grosses gouttes sur ma p’tite gueule, en mode bing bing bing ! C’est pas grave, j’ai dit, j’tombe jamais malade. « La maladie, c’est pour les p’tites frappes » j’dis toujours.

J’arrive chez ouam, et puis comme j’avais les cheveux bien mouillés et que j’trouvais ça bien sexy, j’me suis dit « tiens, pourquoi j’attendrais pas ma zouz comme ça, avec les cheveux bien mouillés ? C’est hyper sexy, elle va craquer, c’est sûr ».

J’attends comme un con, elle arrivait pas, alors j’mets Youtube, ça me détend. Quand elle est rentrée, j’étais en train de groover comme un tigre sur A Kele Nta de MHD.

« Ça va Stab ? T’as pas l’air au top, t’es pas malade quand même ? Viens là, approche mon renard, viens voir maman. Et veux-tu arrêter de chanter ces horreurs ! Mais c’est que t’es tout chaud ! C’est sûr, c’est la fièvre portugaise, m’assène-t-elle avec la certitude d’une étudiante en première année de médecine !

Eeeehhhhh, mon ami a nkele n’ta, rétorquai-je très sûr de moi !

– C’est ça ! Allez mon petit Stab, vas te coucher, tu te lèveras moins con.

Le lendemain matin, impossible de sortir du lit. Cloué !

Il fallait que j’appelle ma hiérarchie pour l’avertir de mon absence et du fait que je ne viendrai pas au bureau ce jour, quitte à me répéter. Ça m’enchantait pas trop, je sentais que j’allais encore prendre une raclée parce que j’avais déjà simulé deux grippes et trois syphilis cette année. Et on n’est qu’en avril. Il fallait ruser. Je m’empressai de déguiser ma voix de mon plus bel accent italien et composai le numéro du bureau avec le majeur, comme les italiens.

Ça sonne…

« Hiérarchie du Docteur Stab, j’écoute ?

– Bonsoir beauté…

– Comment ça « bonsoir » ? Il est 9h du matin, scélérat. Qui est à l’appareil ?

– Ton pire cauchemar…

– Stab ? C’est toi ? Je t’ai reconnu, bougre d’animal ! T’es un grand malade, Stab.

– C’est exactement ce pourquoi je vous appelle chef, c’est la fucking grippe, j’en suis sûr !

– Ah non, ça suffit Stab, tu as déjà… »

Et je lui ai raccroché à la gueule sans cérémonie pour lui rappeler que même malade, je resterai insoumis. Merde alors.

J’y ai passé 4 jours entiers, au plumard. Mais j’ai fini par gagner, par terrasser la maladie. Et par retourner au boulot, tout penaud. Le monde, lui est resté malade. Pronostic vital engagé, personne à son chevet.
Il fait moins le malin, le cochon.

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